Dernières nouvelles
Vous êtes ici : Accueil / Jeux vidéo / [Avis] The Last of Us
[Avis] The Last of Us

[Avis] The Last of Us

Je suis repu, gorgé de pixels au point d’en avoir les dents du fond qui baignent, et ce depuis quelques années déjà. A force de bouffer du jeu vidéo à toutes les sauces, à toutes les heures, sur toutes les machines, je crois que j’ai fini par en faire une véritable indigestion. Ces soucis gastriques ont eux-mêmes induit quelque chose de beaucoup plus grave que, faute d’expression adéquate (comme Sheila), je qualifierai d’apathie vidéoludique.

Ah, qu’elle est désormais lointaine cette époque où je m’excitais comme une pucelle devant les effets de manche de gros éditeurs ou de développeurs gonflés de leur propre suffisance ! Ah que de bonheurs vains lorsque, face à ma trogne suppliante, ma délicieuse hiérarchie consentait à me confier le test du dernier blockbuster à la mode ! Je me tenais là, l’oeil brillant, la truffe humide, ma queue durcie ballottant de droite à gauche sous l’effet de l’excitation, jubilant à l’idée de me rusher un jeu comme un gros porc avant de donner un avis qui de toute façon, ne serait pas lu, quel que soit le côté de la chaîne.

the-last-of-us-cover

Bon, c’est vrai, je vous le concède, j’aime toujours passer du temps avec des amas de pixels, parce que dans la majorité des cas, ils sont quand même bien moins débiles que la soupe qu’on nous sert à la télé. Mais le fait est qu’avec le temps, mon appétit de nouveautés s’est émoussé. Désormais, pour qu’un titre me fasse de l’oeil, il faut qu’il en fasse des caisses, qu’il ait un truc un peu spécial, qu’il sente bon le pâté et le topinambour. Et pour ce qui est de me chavirer le coeur, n’en parlons pas ! Je suis bien conscient que ces propos fleurent bon la suffisance, mais t’sais, je ne suis plus à ça près.

Du coup, pour ce qui est de The Last of Us, dernière grosse exclusivité de la PlayStation 3, autant vous dire que c’était mal barré. Quoi, un gros blockbuster overhypé ? Par les mecs qui ont pondu les Uncharted ? Avec des zombies dedans ? Ahahah, mégalolilol ! Encore un vieux shooter à la troisième personne qui aura de “belles” textures (on parle d’une console quand même) à la place du coeur, c’est moi qui te le dis ! Il peut bien aller crever ! Puis v’là ti pas qu’ils t’y ont collé un mode multi pour faire passer les cinq heures de solo ! J’te jure ! Grosse fumisterie marketeuse tiens, moi vivant, tu ne m’auras pas !

Sauf qu’il y a eu un 9/10 sur Gamekult et que chez eux, une note, ça veut encore dire quelque chose. Sauf que dans mon coeur tout gris et tout fripé de gameur éconduit tant de fois, il subsiste par devers moi un peu d’espoir et un peu d’amour que depuis quelques jours, j’offre tout entier à The Last of Us.

Question pour un champignon

Bon, c’est pas tout ça, mais il serait peut-être temps d’entrer dans le vif du sujet, n’est-ce pas ? Allez, c’est parti, avec un petit résumé du pitch, sans trop de spoil et avec beaucoup de conneries. Pour le coup, The Last of Us repose tout entier sur des bases archi-conventionnelles. En septembre 2013, l’humanité tout entière est forcée d’aller se coltiner World War Z au cinéma et en ressort meurtrie. En effet, une évolution sponsorisée par Monsanto d’un champignon parasite bien connu (non, pas ce que vous avez entre les doigts de pied) est découverte dans le rembourrage des fauteuils de toutes les salles obscures de la planète.

The Last of Us 0

L’Ophiocordyceps unilateralis commence à infecter tout le monde. Pour la petite histoire et parce que j’aime bien les fourmis (faudra que je vous en parle à l’occasion), ce champi a la charmante manie d’infecter certaines espèces de formicidés via ses spores, avant d’en modifier radicalement le comportement. Les insectes contaminés s’amuseront alors à grimper sur une plante quelconque, à s’accrocher sur une feuille et à y attendre la mort en se faisant gentiment ronger de l’intérieur par les Fungi. La saloperie finira par consommer entièrement la fourmi qui deviendra alors à son tour un joli nid à spores. Et en gros, dans The Last of Us, les humains subissent le même sort. Le machin tue les gens et/ou les transforme en champignons ambulants avide de bouffer leurs ex-congénères. Groovy.

Après une intro magistrale qui prend aux tripes, le jeu nous entraîne vingt ans après l’épidémie initiale et nous fait suivre les pérégrinations d’un survivant, Joël, cantonné avec d’autres « chanceux » dans un district de Boston sécurisé. Il fera rapidement la connaissance d’Ellie, une fille de 14 ans avec qui il sera contraint de faire un bout de chemin…

De l’évidence à l’impalpable

Je ne vais pas en faire des caisses sur tous ces éléments convenus et attendus : oui, le jeu est magnifique, et s’il ne va pas sans une bonne couche d’aliasing, la dimension artistique, les jeux de lumières et l’incroyable fluidité de l’ensemble (on a pas l’habitude sur consoles), les animations suintant le naturel, font de The Last of Us une réussite technique incontestable. C’est bien simple, il s’agit sans conteste du plus beau jeu de sa génération.

The Last of Us 3

Mais cette flamboyante dimension technique ne vaudrait pas un pet de lapin si elle n’était pas au service de l’histoire et de l’immersion. Et c’est là, justement, que l’on apprécie toute l’étendue du talent des développeurs de Naughty Dog. Chaque zone que vous serez amené à explorer est horriblement cohérente et donne l’impression d’un monde fauché dans la fleur de l’âge. Car si le titre reste assez linéaire, il offre toutefois pas mal de liberté en terme d’exploration. C’est ainsi qu’on redécouvre avec plaisir ce que la plupart des jeux de cette génération ont oublié, à force de vouloir se transformer en trains fantômes pour décérébrés : des pièces qui ne servent à rien, si ce n’est rendre le monde vrai. Etrange de visiter une chambre d’enfant avec des jeux répandus sur le sol. Tout dans The Last of Us contribue à nous raconter l’histoire d’un monde abandonné, tout sert à poser une atmosphère de désespoir, de fin du monde et de menace…

Un gameplay millimétré

Pareil, je vais pas passer cinquante ans à vous parler de ce que vous savez sans doute déjà. The Last of Us constitue également une réussite éclatante en terme de gameplay. Tout y coule de source, tout y est assez logique et bien foutu. On est là dans un gentil survival, au sens premier du terme. Foncer tête baissée sur l’adversaire est un bon moyen de finir avec la carotide arrachée (vos morts seront d’ailleurs bien dégueulasses, en règle générale). On se doit d’observer le décor pour éviter le combat, tout en glanant du matos et des armes modifiables. Gestion de l’inventaire (qui ne met pas le jeu en pause), système de couverture light et jamais pris en défaut, rares fusillades au feeling extraordinaire, corps-à-corps ultra violents reposant aussi bien sur le timing que sur le décor environnant. Tout est vraiment solide.

Alors évidemment, on détecte bien quelques couilles dans le pâté, comme cette IA qui, si elle est globalement excellente, chie parfois dans la colle et met un point d’honneur à ne jamais détecter votre ou vos alliés, même quand ces derniers lui trottinent sous les yeux. Puis bon, y a l’impossibilité de refermer une porte derrière soi, ou encore ces macchabées qui disparaissent ou ne sont parfois pas repérés. Mais dans l’ensemble, le jeu se tient et on tend rapidement à pardonner ces écueils pour les raisons que je m’en vais m’exposer dans le paragraphe suivant…

The Last of Us 4

Noyeux Joël et Ellie Coptère

Pour moi, ce qui rend The Last of Us si fantastique, c’est tout d’abord ses personnages principaux. Des personnages vrais, attachants et humains dont la relation s’étoffe et prend  magnifiquement corps au fil des quinze heures de l’aventure, au fil des épreuves surtout. Joël est un ours, un quinquagénaire au poil dru, un gentil gars au passé trouble qui n’a rien du poseur assumé incarné par Drake dans les Uncharted. J’ai adoré sa volonté bien compréhensible mais pas débile, car dictée par l’expérience, de ne pas s’attacher à Ellie.

Et Ellie justement, elle ressemble comme deux gouttes d’eau à Ellen Page (que j’aime bien, ça aussi, faudra que je vous en parle) et elle aussi est attachante. Gamine qui n’a jamais connu que le monde après l’épidémie, elle s’émerveille de pas mal de choses tout en faisant preuve d’un courage dont seule une personne habituée à survivre dans un environnement hostile pourrait faire preuve. Le mélange est habile et l’alchimie entre les deux héros est totale. Evidemment, tout cela ne passera pas aussi bien sans un doublage exceptionnel (en français comme en anglais), et des réactions très naturelles en fonction de chaque situation. Ainsi, Ellie peut aussi bien aller farfouiller dans le rayon de BD d’une épicerie abandonnée comme s’exclamer “Putain Joël !” lorsque ce dernier éventre quelqu’un ou quelque chose à coups de machette. Ni mijaurée, ni complètement adulte, Ellie et son gardien sont de loin les personnages les plus attachants que j’aie pu découvrir dans un jeu vidéo….

The-Last-of-Us-2

Et la narration qui transforme le tout en chef-d’oeuvre

L’autre grande réussite du soft, c’est sans conteste sa narration pudique, qui n’en fait jamais trop, qui laisse l’émotion venir d’elle même, sans balancer de la violence gratuite, de la musique à pathos ou du zoom d’abruti. Le jeu parle de lui-même, se complaît dans les non-dits et fait s’enchaîner les situations avec un naturel et une cohérence qui forcent le respect. Dans The Last of Us, rien ne semble jamais too much (en dehors, peut-être, d’une ou deux scènes très action), tout semble juste, honnête, et finalement viscéral.

Et pour un titre grand public, le soft ose le mature, il ose les scènes chocs sans qu’elles ne semblent gratuites, il ose faire mourir Ellie (gamine de quatorze ans, je vous le rappelle) d’ignoble manière quand on se rate, il ose, enfin, raconter une histoire dont les tenants et les aboutissants semblent plus tenir de la logique pure que d’une volonté de respecter le cahier des charges habituellement associé à une production de cette trempe. En résulte de l’émotion, des larmes, des sourires idiots, des soupirs de soulagement, bref, un jeu qui parle au coeur et qui possède une âme. Au fond, ne serait-ce pas ça, un chef d’oeuvre ?

the_last_of_us_6

 

Je suis repu, gorgé de pixels au point d’en avoir les dents du fond qui baignent, et ce depuis quelques années déjà. A force de bouffer du jeu vidéo à toutes les sauces, à toutes les heures, sur toutes les machines, je crois que j’ai fini par en faire une véritable indigestion. Ces soucis gastriques …

Verdict

Graphismes
Gameplay
Scénario et narration
Plaisir de jeu

Chef-d'oeuvre

Résumé : Bon, ben voilà, la messe est dite. The Last of Us est une réussite totale. Le bébé de Naughty Dog a non seulement la plus belle gueule de sa génération, mais il possède aussi et surtout une âme. Un titre torturé, ultra violent, intelligent et étonnamment pudique, bien loin de shooters criards bourrés d'effets spéciaux qui pullulent aujourd'hui. Puis The Last of Us, c'est aussi deux des personnages les plus attachants jamais pondus dans un jeu vidéo. Et le tout, bien mixé, lié par une narration subtile et élégante, eh bien ça donne un pur chef-d'oeuvre, un titre qui marque et dont on se souviendra longtemps. Merci Naughty Dog, je ne m'y attendais pas.

96

A propos de Hiro

Rédacteur pour JV Le Mag. Motard du dimanche, modéliste du samedi et pisse-vinaigre toute la semaine.

9 commentaires

  1. Tout le monde est unanime : c’est du grand jeu !
    Moi je ne peux rien dire, je n’ai pas de PS3, et pour le coup c’est bien dommage…

  2. Je suis surpris par la phrase que game kilt effectivement il font bien leur travaille mais j’en déduis que jeuxvideo.com nous vendant du faux ? Il y aurais des « trafic » dans les notes pourtant je suis asser souvent d’accord avec ceux qui explique bien qu’un peu trop « lisse » . Sinon très bon test mais un peux trop long malheureusement je n’ais pas de PS3 « sacrilège » mais c’est bien une des seul.

    • Arf, je ne parlais pas nécessairement de jeuxvideo.com. Pour le coup, les rédacteurs y sont tout à fait libres, même si on se devait de ne pas être trop « méchants ».

  3. et la je me dit pourquoi j’ai revendu ma ps3 …. :/ ,sinon bon test ,trop bon meme, si je peut me reprendre une ps3 ce sera e parti pour ce jeux

    • Arf. Je peux comprendre la frustration. Pour ma part, je t’avoue que je n’avais pas utilisé la PS3 depuis des lustres, mais là, pour le coup, j’étais bien content de l’avoir.

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Revenir en haut de la page